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La planète des villes

La Banque mondiale relance le débat en préconisant l’étalement urbain, afin, dit-elle, de pallier une densité toujours croissante, mais faisant fi, semble-t-il, de la logique d’économie d’échelle. A l’heure où les maîtres d’ouvrage urbains tentent de répondre au réchauffement climatique et à la hausse des coûts énergétiques, cette prise de position surprend, tant elle semble s’opposer au développement durable. Se fondant sur un rapport du Lincoln Institute of Land Policy, la Banque mondiale appelle en effet à ne pas se limiter dans l’espace. «Le modèle urbanistique dominant qui guide aujourd’hui l’expansion des villes et des aires métropolitaines est basé sur l’endiguement de l’étalement mais cet endiguement n’est pas adapté pour les pays en voie d’urbanisation rapide où se situe l’essentiel de la croissance démographique». On s’en doute. Il ne peut certes y avoir de modèle unique de développement urbain à l’échelle mondiale mais on ne peut non plus concevoir de pilotage raisonné de la métropolisation sans prise en compte de fiscalités et de droits fonciers encore embryonnaires dans beaucoup de pays émergents. Selon la Banque Mondiale, «ce qui est nécessaire, c’est non pas une stratégie de confinement et de restriction, mais de limites généreuses aux métropoles, de protection sélective des espaces ouverts, et une bonne planification des transports et des routes». Le rapport critique en particulier les «ceintures vertes» censées marquer la limite à l’urbanisation et qui finissent néanmoins mitées. La Banque Mondiale souligne aussi que «les densités de population dans les pays développement sont le double de celles de l’Europe et du Japon, elles-mêmes le double de celles des Etats-Unis, du Canada et de l’Australie», et qu’il il s’agit «faire de la place dans une planète de villes». D’autant plus que la ville verticale, qui multiplierait les immeubles de grande hauteur, n’est pour l’instant ni un modèle d’économie énergétique ni le meilleur moyen de faire baisser le prix des logements, les surcoûts absorbant l’optimisation du foncier. S’y ajoute le coût colossal des infrastructures et services de transport, pour l’heure hors de portée de la plupart des pays émergents hors BRICs. Reste enfin la difficile maîtrise du développement du fait vernaculaire car, comme le note Stewart Brand, «squatters are now the dominant city buiklders in the world» en citant l’exemple de Mumbai en Inde. Un métropole de 17 millions d’habitants composée pour moitié de taudis mais qui pèse 1/6 du PIB national, l’équivalent de celui des Pas Bas. En outre, le mode vernaculaire, peu dense et hétérogène, s’accompagne souvent d’une dilution des gouvernances politiques et économiques. Faut-il donc s’y résoudre ? En France, la tendance est à la fois à la métropolisation et à la dédensification du maillage territorial en milieu rural, un phénomène plus subi que contrôlé. Certes, comme le note l’Ordre des Architectes, il importe de «limiter la consommation des terres et des territoires à l’infini et [de] maîtriser la consommation d’espaces en se reconcentrant sur la ville elle-même. C’est pourquoi il est essentiel de penser au recyclage de la ville et du village. Et surtout ne pas céder aux effets de mode comme par exemple le développement des éco quartiers qui peuvent consommer des terrains et élargir les villes». Un discours lui aussi partiellement dissonant, comme l’est celui des professionnels de la maison individuelle. Les vraies questions restent toutefois celle du modèle économique, donc de la territorialisation des industries, des centres tertiaires et des pôles de recherche-enseignement, et celle de la gouvernance. «The growth of cities has the potential for further growth and poverty reduction across many emerging markets », écrivent R. Dobbs et J. Remes pour McKinsey. Une affirmation d’autant plus juste qu’elle porte sur les villes-portails de grands marchés et non des étendues de pauvreté citadine.

Tag(s) : #Territoires, #Urbanisme
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