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USA 2012  - LA NUIT AMERICAINE

Par Bartolomeu

L’élection de l’an 2000 revient à nos mémoires.

Après avoir fait, à la demande du candidat démocrate, compter et recompter les bulletins de vote, la Cour Suprême des Etats-Unis prit acte que 537 électeurs de Floride, sur les 105.405.100 votants du pays, envoyèrent les représentants de l’Etat siéger au Collège chargé d’élire le 43ème Président des Etats-Unis.

Un tel scénario peut-il se reproduire ? Force est de constater qu’avec le temps les démocraties tendent vers un partage quasi parfait de l’expression électorale.

Schroëder et Merkel furent séparés par 0.92% des voix en 2005.

En 2006 au Mexique l’écart était de 0.56% sur 41.6 millions de suffrages exprimés.

En 2006 Berlusconi est devancé par Parodi de… 0.06% des 38 millions de votants.

Tout laisse à penser, dès lors qu’est proposé aux électeurs le choix entre deux candidats, que nos démocraties vieillissantes tendent vers un écart des opinions contraires proche de zéro. Dans ces conditions le hasard, celui de la dernière heure, devient déterminant.

C’est lui qui permit à José Luis Zapatero d’accéder au pouvoir le 14 Mars 2004. José Maria Aznar accuse alors, à tort, l’ETA d’être responsable des attentats sanglants du 11 mars… trois jours avant les élections générales.

On comprend mieux, ainsi, l’énergie déployée par les deux candidats américains pour grappiller quelques voix, ici ou là. Cinq cent trente-sept poignées de mains pour s’installer à la Maison Blanche. Chacun va et revient dans l’Ohio, Etat qui, depuis 1964, est au diapason avec l’ensemble du pays.

L’élection se gagne sur le terrain, le milliard de dollars dépensé en spots TV, radios et journaux est passé aux oubliettes. La chasse au grand électeur d’un état n’est pas celle à l’électeur américain.

Le Président peut être élu sans obtenir la majorité des suffrages de la nation, comme en 1860, 1912 et 2000. Il peut également ne pas être élu par le Collège des grands électeurs dont le mandat est impératif, à l’exception de ceux désignés par le Main et le Nebraska, états qui instillent une dose de proportionnelle. En effet dans le cas d’un partage parfait des grands électeurs, 269/269, c’est la nouvelle Chambre des Représentants, dont la totalité des membres est soumise à renouvellement ce mardi, qui choisirait le Président. Le Sénat, dont un tiers des sièges change de titulaires, élirait alors le Vice-Président.

Il est probable dans cette hypothèse que la Chambre des Représentants, aujourd’hui républicaine – 242 sortants sur 435 sièges - dont l’équilibre des forces ne devrait pas varier significativement selon la quasi-totalité des instituts de sondages, choisirait Mitt Romney comme Président. On voit mal, en l’absence d’un raz de marée, pour l’heure totalement improbable, comment les Démocrates pourraient inverser un rapport de force qui leur est défavorable. Au mieux pourraient-ils gagner 10 sièges alors que ce sont 25 qui leur sont nécessaires pour reprendre la majorité.

Dans le même temps le Sénat aurait, selon la Constitution, à désigner le Vice-Président. Le démocrate Joe Biden, serait probablement reconduit dans ses fonctions. Son parti devrait conserver la majorité, puisque seul un tiers des Sénateurs vient à renouvellement, précisément 33 sur 100. Le rapport de force actuel, 53 Démocrates pour 47 Républicains ne devrait pas ou peu être modifié.

On voit bien, quel que soit le vainqueur, que l’appareil politique américain est au bord d’un blocage dramatique. Les pouvoirs exécutif et législatif devraient continuer de cohabiter dans des conditions hostiles aux exigences des temps particulièrement difficiles que nous connaissons. Au cours de la législature qui vient de s’achever 61 propositions de loi ont été adoptées sur les… 3 944 déposées.

Notre cohabitation, tant décriée par certains constitutionnalistes, a des vertus que le système américain ne connaît pas.

Désigné le 17 décembre prochain, installé le 20 janvier 2013, le nouveau Président pourrait bien disposer d’une marge de manœuvre historiquement étroite pour tenter d’endiguer la dette américaine de 16 000 milliards de dollars alors qu’en Europe la Grande récession se précise, comme en atteste le franchissement du seuil des 25% de chômeurs en Espagne ( 52% chez les 1-24 ans).

Mais aussi faire face aux périls d’une situation dans le Golfe arabo-persique, où l’Iran vient de célébrer bruyamment le 33ème anniversaire de la prise de l’Ambassade des Etats-Unis par les étudiants islamistes, qui occupera le devant de la scène dès ces élections passées, autant dire demain.

Espérons que ce sombre scénario ne dure pas plus longtemps qu’une nuit… américaine.

© Bartolomeu, novembre 2012. Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur.

Tag(s) : #Economie
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