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Transition énergétique, transition démocratique

Workshop #7 - Energies futures

La gouvernance de la transition énergétique est désormais la question cruciale. Au delà du green washing, les pétroliers ou les gaziers se diversifient : solaire à condensation, gaz de schistes, etc. Les constructeurs automobiles produisent des véhicules électriques et investissent dans l’hydrogène. Comme l’observe L. Tubiana, «c’est une véritable révolution industrielle se prépare». Nous assistons aujourd’hui à une adaptation majeure, nous sommes à la veille d'une mutation dont les enjeux ne sont pas seulement environnementaux mais économiques et géostratégiques. Quand l'Etat français protège EDF, GDF Suez, Alstom ou Areva de la concurrence de Siemens ou GE Wind, il ne fait que raviver une tradition national-protectionniste. Si la rentabilité du modèle des ENR pose problème en France, il faut en chercher les causes ailleurs que dans un éventuel effet d’aubaine et la trouver dans l’histoire du complexe politico-industriel qu’est notre secteur énergétique. Un secteur qui a certes opéré une mue, en apparence libérale, mais pour devenir un oligarco-oligopole. La France terrienne garde ses prés carrés et ses vaches à lait. C'est d’ailleurs la vraie question posée par les PME du secteur des ENR depuis leur strapontin à la consultation nationale.

Oui, la question du carbone est une donnée stratégique du nouveau monde. Pourquoi ? D'abord parce qu'elle relève de la régulation économique mondiale. La focalisation sur les gaz à effet de serre a occulté une donnée majeure : le carbone est un marché international. Méconnu du grand public, ce marché des quotas ou « droits à polluer » présente bien des paradoxes. Stratégique aussi car une économie fondée sur les hydrocarbures nuit à la santé. Les dérivés aromatiques et PM10 sont plus dangereux que le CO2. Or le dynamisme démographique a toujours été le premier facteur de développement, n’en déplaise à certains néo-malthusiens. Enfin, les industries et les villes émergentes, en Chine notamment, sont neuves et à faible empreinte carbone. Economiquement, ce constat se traduit par une sortie de l'univers du fameux théorème Hecksher – Ohlin - Samuelson, qui suppose constants les facteurs de production. Le Facteur 4 induit en effet une transformation radicale de ces facteurs de production et des échanges qui en découlent. Il annonce un changement au moins aussi puissant que la e-mutation qui a dématérialisé l'économie mondiale.

C’est pourquoi la question énergétique ne relève pas de la seule préservation de la planète mais de l'économie politique avec en corollaire le renouveau des politiques économiques. En filigrane, se pose donc la question de la gouvernance future et d’abord celle des territoires. En termes d'aménagement et d'urbanisme, le redéveloppement économique et l’emploi nécessitent des des infrastructures et des bâtiments... Donc une relance de la fabrique urbaine qui appelle les responsabilités étendues que suggèrent les plans climat-énergie territoriaux. La France uniformisatrice admet mal la diversité de décisions locales, pertinentes car fondées sur la logique bottom-up, et tarde à reconnaître que les dirigeants des métropoles mondiales exercent des responsabilités aussi étendues que celles des gouvernements de nombreux Etats. Or la gouvernance des grands maires ou des présidents de région sera peut-être celle qui restaurera la liberté des peuples, après l’hégémonie des Etats - nations et des CEO.

Modestus van Gulden

© Modestus van Gulden, décembre 2012. Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur.

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Tag(s) : #Environnement
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