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Le phénomène « Slasher »,  symbole culturel de notre (r)évolution au monde

Workshop#4

Christophe Legendre est consultant en communication, innovation et nouvelles technologies. Il conseille des sociétés comme ISS et Randstad. Conférencier et chroniqueur, il prépare actuellement un essai sur la modernité responsable.

| Certains vont affirmer que la crise actuelle est un révélateur et un accélérateur opportuniste de ce phénomène des « slashers », il n’en reste pas moins vrai que, pour une grande partie des nouvelles générations, le bien vivre au travail n’est plus un objectif suffisant. Le mieux‐être semble plus juste quant au sens que les nouvelles générations désirent apporter à leur ambition durable et à leur parcours professionnel. Et le mieux‐être passe une maîtrise de leurs propres choix, par une autonomie qui réclame de l’indépendance d’esprit et de l’agilité. Ainsi, par exemple en matière de contrat de travail, le CDI ne s’inscrit en rien dans ce désir. On peut même penser le contraire.

Bienvenue donc dans le monde formidable des slashers qui, à eux seuls, matérialisent la fin du plein‐emploi et du CDI. Le phénomène des slashers est un véritable avènement1. Pour eux, concrètement, il est temps d’envisager un autre rapport à l’emploi et de porter un autre regard sur leurs ambitions de carrière car ils mixent tous les styles et formules de contrats : périodes de CDD, de CDI, auto‐entrepreneuriat, intérim voire chômage… C’est un modèle hybride, bien sûr marginal encore mais déjà estimé, en France, à 2,5 % de la population active2.

Voilà qui pourrait inspirer une part croissante des travailleurs français et même européens. Pour les slashers, le rêve c’est de pouvoir mener un équilibre personnel établi sur des activités «passion/raison/maison ». Et, si même ces activités peuvent paraître hétérogènes, brouillonnes ou incohérentes, peu importe car elles convergent vers une création de richesse individuelle jusque‐là inégalée. C’est l’émergence d’une discontinuité valorisée qui, à partir du moment où elle est choisie, ne sera pas l’antichambre à la précarité.

Pour l’instant, ces nouveaux modes de travail sont poussés majoritairement par les jeunes travailleurs et perturbent l’ordonnancement classique de l’entreprise.

Demain, ils seront affaire de tous et l’entreprise n’en aura plus peur.

Quoiqu’il en soit, l’avenir nous prépare de belles surprises et quelques aventuriers en tracent le chemin... En intégrant la variabilité des temps, nous en avons fini avec l’universalité utopique des Lumières. Rien ne s’établit à l’infini. Rien d’humain n’est universel car nous sommes par essence de simples passeurs. Pas plus compliqué que cela. Big Brother a déjà oeuvré. Le rêve dystopique d’Orwell n’est, en fait, que la réalité de la « sousveillance », comme le suggère Jean‐Gabriel Ganascia3.

Il faut se réveiller.

Parler davantage de compétences, d’expertises que de postes à pourvoir.

Parler davantage de réussites individuelles en mode collaboratif que de rémunérations exclusives pour le seul actionnaire qui ne sont en rien sa victoire.

Parler plus de pluridisciplinarité que de sectorisation.

Ce qui semble essentiel est de suggérer, de susciter, d’éveiller l’intérêt.

Car nous gagnons quand les regards convergent vers nous. Christophe Legendre

Notes

1 Selon l’Insee, la France comptait 2,2 millions de slashers en 2011. Ce terme vient du signe slash, la barre oblique (/) de l’ordinateur qu’on utilise pour séparer différents éléments. Autre expression pour nommer ce type de cumul professionnel : le « multi‐ tasking ». Il n’existe pas d’équivalent en français hormis le mot multitâche mais qui ne donne pas la valeur de dynamique lié à ce comportement.

2 lexpress.fr

3 Auteur de « voir et pouvoir : qui nous surveille ? »

Tag(s) : #Management, #Workshop 4

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