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Grand Paris : vers de nouvelles écritures industrielles

Pour répondre à cette question, la Société du Grand Paris organise avec la revue Centralités du Grand Paris une table ronde le 18 septembre au MacVal de Vitry.

En effet, le Grand Paris a vocation à penser la ville de demain, durable, inventive et solidaire. Il fera de l’Île-de-France une métropole attractive du XXIe siècle. Comment penser l’aménagement d’un territoire de 12 millions d’habitants et qui représente près du tiers du produit intérieur brut français ? C’est le défi du Grand Paris, avec une exigence et une ambition collectives telles que notre pays en a peu affirmées depuis l’épopée des Villes Nouvelles.

Au delà de l’enjeu de mobilité, la rénovation du réseau de transport public, les nouvelles lignes de métro automatique et plus encore les gares du Grand Paris Express se positionnent comme catalyseurs de projets urbains innovants et durables. De nouveaux quartiers multifonctionnels vont émerger, dans une perpective de développement polycentrique et solidaire. Si l’intégration urbaine, paysagère et architecturale des fonctions résidentielles, commerciales et tertiaires au sens large (y compris logistique urbaine et besoins liés à l’économie cognitive) a accompli des progrès notables avec la généralisation de la mixité fonctionnelle et sociale à l’échelle des quartiers et des bâtiments, si la permaculture urbaine trouve peu à peu sa place dans notre espace, si compacité et porosité permettent de revisiter le sens et l’aménité de l’espace public, la question des infrastructures linéaires, avec leurs satellites fonctionnels (ateliers de maintenance lourde, etc.) demeure complexe. A cet égard, les nouveaux établissements industriels liés à la maintenance ferroviaire du Grand Paris Express constituent des expérimentations susceptibles de renouveler les concepts et les pratiques.

En termes de compétitivité économique, sinon de réindustrialisation des territoires, la question de la place des activités industrielles dans la ville mutante que nous édifions peut être appréhendée à deux échelles territoriales qu’il nous faut articuler : celle de l’humain, d’une part, celle de l’urbain et du métropolitain, d’autre part.

  • A l’échelle humaine, qui est celle du parcellaire, du paysage et des liens de proximité, ateliers et usines s’accomodent sans peine d’une architecture frugale, pour ne pas dire frustre. Efficaces car dédiés à la performance technique et financière, ces bâtiments résultent du process qu’ils abritent. Le corollaire est une exigence croissante de mutabilité et de réversibilité car les modes de production évoluent plus vite que jamais. Un même atelier de production automobile peut produire simultanément plusieurs véhicules pour différents constructeurs. L’innovation et l’accélération du renouvellement des produits conduisent à des reconfigurations permanentes de process de plus en plus automatisés sinon robotisés. On songe aussi aux perspectives offertes par l’impression 3D, désormais utilisée pour la construction de maisons ou de passerelles. Si, comme le dit Pepe Subiros « nous vivons une époque où le futur est obsolète », l’architecture industrielle ne s’écrit plus dans le « temps long » cher à Braudel, mais dans sa capacité à se réinventer, à muter dans le temps technologique, celui de la nanoseconde et de la loi de Moore. L’écriture architecturale dépasse alors la prise en compte des fonctions de base (accessibilités, manutention/stockage, éclairage, etc.), mais doit faire converger et synchroniser des activités relativement mutables (comme la logistitique et le tertiaire) et des activités plus pérennes liées aux interventions lourdes (production, maintenance). Ces activités n’en demeurent pas moins très impactantes sur le plan environnemental, bien sûr, mais aussi en termes d’usages de l’espace et d’anthropisation des sols. Face à l’exigence de développement soutenable – sociétal, économique et environnemental - et au delà de la gestion/compensation de leurs impacts, les bâtiments industriels doivent incorporer leurs propres facteurs de résilience. Leur conception nécessite d’engager une intelligence adaptative qui ne se satisfait pas du seul respect des règles environnementales et énergétiques. Elle appelle un « ancrage dans le futur », pour reprendre la formule de Carmen Santana, professeur à l’école d’architure de Barcelone. Dès lors, vecteur d’identité de marque pour les entreprises et de culture urbaine pour les villes et leurs habitants, l’architecture industrielle peut-elle encore se présenter comme pérenne ? Comment donner du sens à l’oxymore que constitue l’idée de bâtiments à la fois durables et évolutifs ? Comment reformuler collectivement l’équation impossible entre une narration qui s’inscrit dans la durée, et une capacité à transformer ses paradigmes pour les adapter en temps réel au flux incessant de l’innovation technique ? Comment articuler la variabilité imprévisible des usages, les apports de l’expérience, l’anticipation et l’expérimentation ? Allons-nous vers des bâtiment relationnels, des constructions-processus, dont la réalisation interpelle l’urbanisme opérationnel, fait de procédures inscrites dans d’autres séquences temporelles et répondant à d’autres nécessités sociales et politiques ?
  • Aux échelle urbaines et métropolitaines, les emprises industrielles sont traditionnellement perçues comme des facteurs qui destructurent l’écosystème urbain. Points « durs » d’une matérialité incontournable dans un monde toujours plus dématérialisé, elles constituent des ruptures majeures dans les tissus. Envers du décors, comme les infrastructures ferroviaires, elles peuvent symboliser une forme de non-ville. En raison de leur taille hos de proportion avec la trame urbaine mais aussi de leurs contraintes de sûreté-sécurité, elles se présentent comme des zones étanches, accentuant le cloisonnement des espaces. Enfin, connectées à des dynamiques internationales, leurs échanges avec leur territoire sont parfois vécus sur un mode ambivalent, fait de rejet mais aussi d’affinité si l’on en croit l’archéologie industrielle et l’histoire sociale.Dès lors, comment réimaginer leur inclusion dans le territoire et plus encore dans le vécu urbain ? Sans méconnaître la force du syndrome NIMBY, comment une nouvelle écriture architecturale de l’industrie peut-elle réactiver l’espace et régénérer l’environnement, pacifier la cohabitation entre citadins et industrie, en renforçant la trame urbaine ? C’est évidemment reconsidérer la place de la production industrielle, avec ses impacts et ses nuisances mais aussi ses gains collectifs de valeur ajoutée, d’emploi et de dignité, dans la recomposition de territoires que l’on décrit volontiers comme destructurés, sinon « fracassés ». Plus généralement, et on pense aux hommes et aux femmes qui asssureront la maintenance et la propreté des infrastructures et des matériels roulants du Grand Paris Express, quelle place rendre au travail industriel, dans une perspective qui ne peut être étrangère aux évolutions du travail lui-même, aux attente de mieux-être et à l’émergence des entreprises-réseau voire des entreprise libérées que nous promet l’économie numérique?

On le voit, pour les Maîtres d’ouvrage, de nouvelles exigences s’ajoutent aux contraintes traditionnelles de la construction industrielle. Avec toutes les conséquences que l’on imagine sur leurs relations avec les architectes et concepteurs. Dans un environnement durablement incertain, où le risque est multiforme et la question des coûts cruciale, les industriels adoptent tour à tour et parfois simultanément des postures de Maître d’Ouvrage et de Maître d’Usage. Comment faire de l’architecture résiliente un outil permettant de tirer parti de la crise ?

Yves Schwarzbach

Directeur d'ITeM Info

En savoir plus :

http://www.lespassagersdugrandparisexpress.fr/?agenda=table-ronde-vers-une-nouvelle-architecture-industrielle-du-xxie-siecle

Tag(s) : #Grand Paris, #Yves Schwarzbach, #Urbanisme

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